Nous vivons une époque formidable pour la connaissance de soi. Jamais nous n’avons eu autant d’outils pour nommer nos ressentis, analyser nos réactions et comprendre notre fonctionnement psychologique. C’est une étape essentielle, nécessaire, et profondément transformatrice.
Mais avez-vous déjà remarqué que comprendre pourquoi vous êtes stressé ne détend pas forcément vos trapèzes, votre nuque ou bien votre estomac ? C’est l’un des grands paradoxes de notre époque : la tête a compris, mais le corps, lui, continue de crier.
Pour comprendre cela, il faut revenir au sens même du mot émotion. Il vient du latin emovere, qui signifie « mettre en mouvement ». Une émotion est, par nature, une énergie qui cherche à circuler.
Le corps, dernier refuge de l’émotion
Lorsqu’une émotion est pleinement vécue et exprimée, elle traverse l’organisme puis se dissout naturellement. Mais lorsqu’elle est retenue, réprimée ou étouffée, elle ne disparaît pas : elle se densifie, devient de nature Yin et peut se matérialiser par des tensions corporelles.
Elle devient une raideur dans le dos ou un ventre noué. Le corps devient alors le dernier refuge de ce qui n’a pas pu être vécu ou exprimé. Il stocke l’information et nous envoie un signal.
Sur le plan physiologique, cette mémoire s’inscrit notamment dans les fascias. Ces tissus profonds enveloppent nos muscles et nos organes. Véritables capteurs émotionnels, ils se crispent chaque fois qu’une émotion est retenue. C’est dans cette toile tissulaire que s’inscrit l’empreinte physique de nos vécus. Lorsque les fascias ne retrouvent pas leur fluidité, la tension devient chronique, même si l’esprit semble apaisé.
Les émotions mettent l’énergie en mouvement
En médecine chinoise, chaque émotion met le Qi en mouvement selon une direction spécifique :
- La colère fait monter le Qi ;
- La joie disperse le Qi ;
- L’excès de réflexion lie et noue le Qi ;
- La tristesse fait descendre le Qi (perte d’élan) ;
- La peur suspend le Qi et le fige.
Ces mouvements ne deviennent problématiques que lorsqu’ils sont bloqués, excessifs ou trop prolongés.
Les 5 éléments : quelle partie de vous réagit ?
La médecine chinoise relie chaque famille émotionnelle à un couple d’organes pour mieux comprendre vos symptômes :
- Le Bois (Foie / Vésicule biliaire) : De la frustration à l’affirmation. La colère signale une énergie qui cherche à poser une limite. Fluide, elle devient affirmation de soi et élan créatif.
- Le Feu (Cœur / Intestin grêle) : De l’agitation à la joie paisible. Équilibrée, elle devient gratitude et paix intérieure.
- La Terre (Rate / Estomac) : Du souci à l’ancrage. Une fois remise en mouvement, la rumination laisse place à une réflexion claire.
- Le Métal (Poumon / Gros intestin) : De la tristesse à l’acceptation. Indispensables pour le deuil, ces émotions permettent la capacité à lâcher ce qui encombre.
L’Eau (Rein / Vessie) : De la peur à la sagesse. En retrouvant sa fluidité, elle se transforme en prudence saine et en écoute de ses besoins.
Le Foie : le « Général » de votre circulation
En ce début de saison du Printemps, l’énergie du Foie est sollicitée. Il est le pivot de la libre circulation, comparé à un Général d’armée qui coordonne l’énergie.
Lorsque l’expression d’une émotion est empêchée (parole retenue, limite non posée), le Foie se bloque. C’est l’effet « cocotte-minute » : la pression interne augmente, la frustration cherche à monter (gorge, mâchoire, visage, tête), mais reste bloquée. Très souvent, le corps exprime ce que la parole n’a pas pu ou su dire.
Comment remettre du mouvement ?
Les émotions ne se contrôlent pas par la force. Le travail corporel est un levier fondamental. En mobilisant les canaux tendino-musculaires et les fascias, il est possible de :
- Relâcher les tensions musculaires.
- Redonner de la mobilité aux tissus.
Permettre la libération d’émotions restées figées.
🎥 Pratique guidée : mouvement et respiration
Je vous propose des mouvements simples, aidés par la respiration, pour mettre en circulation l’énergie du Foie et libérer les zones corporelles où l’énergie a tendance à stagner. À faire chez soi, mais de préférence proche de la nature.
Conclusion : Libérer la mémoire des tissus
Le corps ne retient pas les émotions par faiblesse. Il le fait par intelligence, pour nous protéger d’une intensité que nous n’étions pas prêts à traverser au moment où elle s’est présentée. Mais ce qui fut une protection peut, avec le temps, devenir une prison.
Redonner du mouvement au corps, ce n’est surtout pas « forcer ». C’est envoyer au système nerveux un message simple que vous pouvez utiliser comme un mantra lors de vos pratiques :
« Le danger est passé, tu peux relâcher. »
C’est-à-dire qu’au-delà de l’exercice physique, vous invitez votre esprit à valider ce relâchement. C’est un acte de bienveillance qui permet de dissoudre les cuirasses anciennes.
Ainsi, vous vous autorisez alors à habiter pleinement votre corps, avec plus de fluidité, de présence et de justesse.
Quand un accompagnement est-il nécessaire ?
Lorsque les tensions sont anciennes, les mécanismes de compensation deviennent trop ancrés pour être relâchés seuls. Un accompagnement permet alors une lecture personnalisée de vos déséquilibres et un travail corporel ciblé (Tui Na, Ventouses, Sonothérapie, Acupuncture…) pour permettre au corps de retrouver sa capacité naturelle d’autorégulation.

